
Utiliser l'IA pour écrire un texte marketing, un article, une présentation serait donc une faute professionnelle.
Un aveu de faiblesse ; une tricherie !
J'entends ça tous les jours. Et ça me rappelle une histoire.
1998. Je dirige la communication d'une grande banque privée genevoise. On commence à produire des présentations soignées, visuelles, pensées pour convaincre. Une petite révolution dans un monde où la meilleure communication, c'était de ne pas en faire.
Certains gérants ne supportent pas. Trop créatif. Trop professionnel. Leur suggestion, sérieusement : introduire quelques fautes d'orthographe dans les documents. Pour faire plus vrai. Plus authentique. Plus crédible.
Excédé, je réagis en réunion. Un des participants, vieux sage, me calme avec un sourire : "Pierre-Yves, tu sais, les fautes... ils ne font pas exprès de les mettre."
Vingt-huit ans plus tard, même réflexe.
L'outil a changé, la peur est la même. L'idée qu'un résultat trop abouti serait suspect. Que l'imperfection visible serait un gage de sincérité. Que le mieux serait l'ennemi du bien.
C'est une vieille histoire. Celle du progrès et de la difficulté à l'accepter. À chaque saut technologique, les mêmes résistances, le même soupçon : si c'est trop fluide, c'est forcément creux. Si c'est trop rapide, c'est forcément bâclé.
Le vrai sujet n'est pas là.
La question n'est pas de savoir si vous utilisez l'IA. C'est de savoir ce que vous en faites. Est-ce que vous le laissez remplir le vide à votre place, ou est-ce que vous vous en emparez pour aller plus loin que ce que vous auriez produit seul ?
Le temps que l'IA vous fait gagner n'est pas du temps économisé. C'est du temps libéré, pour réfléchir plus, challenger vos propres idées, affiner votre pensée au lieu de la formater.
Ceux qui rejettent l'outil aujourd'hui ressemblent étrangement à ceux qui voulaient des fautes dans leurs présentations en 1998. Ils confondent l'effort visible avec la valeur réelle.
Mon métier, ce n'est pas de choisir entre l'humain et la machine. C'est de m'assurer que quand les deux travaillent ensemble, le résultat ne ressemble à rien de ce que l'un ou l'autre aurait produit seul.
On en parle quand vous voulez!