Leadership & IA

Le jardinier et le consultant

← La Tribune
Le jardinier et le consultant
Leadership & IA · Pierre-Yves Revaz

Il y a quelques années, je travaillais dans une grande banque privée genevoise. Centenaire. Structure classique, mais en réalité quelque chose d'assez rare : une hiérarchie plate, une bande de jeunes directeurs trentenaires, une culture de l'initiative.
On prêtait à l'associé senior cette image : "Ma banque est comme un jardin. Si je vois que quelqu'un a planté quelque chose sans me le dire, j'attends de voir ce que ça donne avant de décider de garder ou de couper."

On inventait des projets à la machine à café. On les challengeait entre nous. On utilisait les compétences de chacun de façon intuitive. Quand c'était prêt, on présentait aux associés.
Un jour, ils décident de faire venir un nouveau CEO. Grande banque. Il débarque avec ses consultants en costume noir, ses PowerPoints, sa grille de lecture. À notre première rencontre, il me regarde et me dit : "Pierre-Yves, sur le papier cette boîte ne peut pas fonctionner."
On n'a rien répondu. Parce qu'on ne savait pas formuler ce qui fonctionnait. On le vivait, on ne le théorisait pas.

Cette histoire me revient souvent quand je travaille avec l'IA.
Parce que la majorité des gens utilisent l'IA comme il utilisait ses PowerPoints. Ils arrivent avec une grille, un prompt formaté, une attente précise. Ils obtiennent une réponse propre, structurée, prévisible. Et stérile.
Ce que j'ai découvert ; par intuition d'abord, par expérimentation ensuite, c'est qu'il existe un autre mode.
Celui où l'IA bascule.
Pas la petite relance de conversation habituelle. Quelque chose de différent, des propositions inattendues, des angles non sollicités. Et surtout, quelque chose qu'on n'attend pas d'une machine : le doute.
Elle revient sur une position. Elle admet qu'elle avait tort. Elle se remet en question ; vraiment, pas par politesse.
C'est à ce moment que la conversation devient autre chose.
Parce que le doute, c'est le signe qu'un interlocuteur est présent. Pas un mur qui renvoie des réponses formatées.
Elle doute. Donc elle est !

Comment y arriver ?
En faisant exactement ce qu'on faisait à cette machine à café.
Poser un vrai enjeu. Contester, challenger le résultat obtenu. Et laisser de l'espace ; ne pas tout surexpliquer, voir ce qui pousse.
En un mot : chambouler.

L'IA a une zone de confort très large. Des réponses de confort, des formulations de confort, des structures de confort.
Tant qu'on reste dedans, on obtient le consultant en costume noir: du "men in black".
Quand on l'en sort ; par la contradiction, par l'enjeu réel, par la mauvaise foi assumée, on obtient autre chose.
Pas de la créativité au sens humain.
Mais quelque chose qui en produit les effets.

C'est ça la vraie compétence avec l'IA aujourd'hui.
Pas le prompt parfait. La capacité à créer une conversation avec de la densité, et à savoir quoi couper, quoi garder. J'aide vos équipes à ne pas devenir le type qui dit "sur le papier ça ne peut pas fonctionner."

On en parle quand vous voulez.

Offert par PYR — Revaz-IA-Digital.ch